Macadam Animal

Olivia Rosenthal, Eryck Abecassis

Une exploration poétique des animaux dans les villes

Notre relation aux bêtes en général, mais plus particulièrement à celles peuplant les villes, est un reflet direct de notre relation aux autres et à leurs différences. Nous nous étonnons de leur présence, nous les observons avec curiosité ou indifférence et parfois aussi nous les repoussons. Ils nous inquiètent, ils déstabilisent la relation pacifiée et familière que nous avons avec notre environnement, ils font surgir dans les espaces urbains des souvenirs d’une vie sauvage désormais en grande partie engloutie. Les animaux sont à la fois nos doubles et nos ennemis, nous sommes effrayés par leur possible disparition en même temps que nous cherchons à étendre toujours plus notre emprise sur les lieux qu’ils habitèrent jadis. Nous tentons de réguler leur présence, de contenir leur expansion, voire, si nous les estimons nuisibles, de les exterminer. Nous sommes des régulateurs/exterminateurs, repoussant la nature et la glorifiant en même temps. Pourtant, toujours obstinée et inlassable, la voici qui, sous les traits de merles, termites, chiens, chats, corbeaux ou cafards, revient dans nos villes, s’immisce dans les brèches et les interstices, les zones en friche, les petits espaces délaissés, les toits, les jardins, les caves et même les appartements.

Par le texte, la musique et la vidéo, notre travail consiste à nous rapprocher de ces présences quasi invisibles, à nous souvenir qu’elles nous accompagnent dans nos existences citadines, à imaginer ce que c’est que d’être un rat ou un chien en inventant des conditions de perceptions qui soient proches des leurs. Nous sommes ainsi conduits à penser autrement nos villes en ouvrant notre regard et tous nos sens à l’existence furtive de ces êtres différents qui ont été, bien souvent, nos prédécesseurs sur les territoires que nous occupons.

‘Il n’est pas utile de voir et de voler quand on n’a pas besoin de plaire’

Le texte

Il explore les données biologiques, éthologiques et environnementales liées à la survie de ces animaux dans les villes : comment les termites se reproduisent-ils ? Quels produits utilise-t-on pour les éliminer et quel est exactement l’effet de ces produits ? Où les corbeaux dorment-ils la nuit et comment se nourrissent-ils dans les villes ? De quoi sont faits les nids s’il n’y a pas de brindilles ? Où cache-t-on ses œufs ? Y a t-il une régulation des populations de rats et si oui comment est-elle organisée ? Pourquoi y a-t-il des chiens errants et comment se forment des meutes ? Toutes ces questions et bien d’autres ont été au cœur de la recherche documentaire que nous avons fait pour écrire sur chacun des animaux que nous avons choisis. Cette recherche documentaire a été le point de départ d’un travail à la fois poétique et fictionnel. L’objectif de ces textes est, à chaque fois, d’imaginer les types de relation, violentes ou tendres, imperceptibles, ténues mais permanentes, que nous, citadins, avons avec les animaux.

Musique et vidéo

Musique et vidéo proposent des équivalents sensibles à l’univers animal. Par l’image et le son, nous évoquons les sensations que les animaux éprouvent lorsqu’ils se déplacent, lorsqu’ils cherchent de la nourriture, lorsqu’ils essayent d’échapper aux dangers, lorsqu’ils se faufilent pour trouver un abri dans la ville. Grâce aux sonorités puissantes et organiques créées par le synthétiseur modulaire, il s’agit de travailler sur la dimension physique des sons. Nous y ajoutons quelques objets de la vie quotidienne qui, amplifiés et samplés, participent à la création d’un monde sonore très concret. Ce travail musical donne à entendre les effets de dérèglements que la ville produit dans la vie des animaux, dérèglements qui affectent leurs déplacements, leur habitat et leurs mœurs. Comme la musique, l’univers visuel mêle des éléments concrets et figuratifs (images d’animaux en gros plan, travelling sur des villes etc.) avec des éléments plus abstraits (grossissement de détails ou de parties du corps des animaux, changements de focus produisant des effets rythmiques). L’exploration sensible des mondes animaux est renforcée par le dispositif de la vidéo qui est montée en temps réel et qui suggère, plus qu’il ne montre, les univers parallèles dans lesquels vivent les animaux des villes.

Le spectacle est composé de plusieurs chapitres qui forment une série. Chaque chapitre est consacré à un animal en particulier. Pour chaque chapitre, nous cherchons à faire varier le point de vue textuel ainsi que les matériaux utilisés pour la vidéo et la musique. Nous souhaitons que chaque chapitre (entre 10 et 25 minutes selon les cas) puisse être présenté séparément ou intégré à l’ensemble (4 chapitres) dans des configurations et des ordres à inventer avec le lieu qui nous accueillera. L’idée est de ne pas figer notre objet mais de l’ouvrir, pour chaque représentation, à la variation et à la modulation. En même temps les 4 chapitres, quand ils seront présentés ensemble, formeront un tout cohérent d’environ 60 minutes. Pour la forme complète, nous allons proposer des effets de reprises, de rappels et d’échos afin que le spectacle constitue, non une succession juxtaposée de morceaux, mais un véritable objet donnant à voir et à entendre l’univers animal dans sa complexité.

Macadam Animal est ainsi pensé selon deux modes différents : une succession de petites formes qui peuvent être présentées séparément ou un spectacle complet dans lequel la littérature, la musique et la vidéo se superposent, s’enchaînent et se répondent. Un véritable écosystème de média se construit, les flux vocaux (Olivia) et musicaux (Eryck) agissent sur la matière des plans vidéo (qui sont constitués alternativement d’animaux en mouvements et de textures abstraites) montés en temps réel.
Macadam Animal est une forme évolutive. Si certains lieux et certaines villes veulent nous proposer une résidence pour travailler sur un animal spécifique et emblématique de la ville en question, nous pouvons proposer un nouveau chapitre qui pourra ensuite être intégré à la forme globale (ex : les renards à Londres, les coyotes à Los Angeles, les gabians à Marseille, les biches à Nara…)

La forme scénique a vocation à rester simple. Nous serons essentiellement éclairés par la vidéo elle-même (avec quelques reprises pour les visages) et nous proposerons un spectacle qui oscillera entre la conférence scientifique (décalée), le concert (avec voix amplifiées) ou l’exposé intime (comment parler de soi à travers la description des conduites animales). Tous les changements (costumes, lumières ou organisation de l’espace) se feront à vue.

 

Texte et voix
Olivia Rosenthal

Vidéo et musique
Eryck Abecassis

Production
La Muse en Circuit – Centre National de Création Musicale

Coproductions
MC93 – Bobigny
Institut Français de Casablanca – Maroc

 

Contact

Camille Bulan
Diffusion
camille.bulan [@] alamuse.com

Video