Bruno Chevillon

Né le 23 août 1959 à Valréas (France)

© Franck Bigotte

© Franck Bigotte

Le fait même que Bruno Chevillon ait entrepris à l’adolescence de s’engager simultanément dans des études d’arts plastiques et de photographie aux Beaux-Arts et dans l’apprentissage de la contrebasse classique au Conservatoire d’Avignon est tout sauf anecdotique au regard de la cohérence et de l’éclectisme de son parcours — son geste artistique s’imposant comme fondamentalement syncrétique dans sa façon de se situer systématiquement à la croisée des genres (jazz, improvisation libre, domaine contemporain, rock expérimental, musiques électroniques) et des pratiques artistiques contemporaines les plus avancées (poésie sonore, arts plastiques, danse).
Après avoir fait ses classes auprès d’André Jaume puis s’être rapproché du Groupe de Recherche et d’Improvisation Musicales de Marseille (GRIM) animé par Jean-Marc Montera, Bruno Chevillon voit soudain sa carrière s’accélérer en 1985 lorsqu’il rencontre Louis Sclavis qui en fait aussitôt le pivot de son nouveau quartet avec François Raulin au piano et Christian Ville à la batterie. Participant successivement à la création du septet Chamber Music, au projet “Ellington on the Air”, à la formation en 1992 de l’Acoustic Quartet, en compagnie de Marc Ducret et Dominique Pifarély, puis l’année suivante d’un trio avec François Merville à la batterie, le contrebassiste demeurera pendant près de 15 ans le plus fidèle compagnon du clarinettiste (leur dernière collaboration en date remonte à 2000 avec l’enregistrement pour ECM du disque L’affrontement des prétendants).
Parallèlement à cette aventure artistique au long cours, Bruno Chevillon, repéré pour la fluidité et l’élégance de son phrasé ainsi que la grâce féline de son drive, va à partir du milieu des années 90 multiplier les collaborations avec quelques-uns des artistes les plus décisifs de la scène jazz hexagonale. Après avoir été notamment sollicité par Yves Robert, Michel Portal, il engage en 1995 une association féconde avec le pianiste Stéphan Oliva qui débouchera sur une série de disques en trio (dont deux avec le batteur Paul Motian). En 1998, il fonde avec le batteur Eric Echampard le nouveau trio de Marc Ducret (groupe phare toujours vivace 15 ans après sa création). Les années 2000 seront pour lui l’occasion de générer de nouvelles rencontres artistiques (Daniel Humair, Régis Huby, Christophe Marguet, Tim Berne, Joey Baron, Bojan Z) mais surtout d’approfondir son goût pour l’interdisciplinarité en allant explorer aux côtés du compositeur Samuel Sighicelli (Canicule pour contrebasse et échantillonneur), de Franck Vigroux et Kasper T. Toeplitz, d’Oliva encore (Soffio di Scelsi), du clarinettiste Jean-Marc Foltz (enregistrement du disque Cette opacité en 2003), mais aussi du danseur et chorégraphe Christian Rizzo (spectacles …/…(b) et Mon Amour), des univers hybrides ouvrant de nouveaux types d’interactions entre musique improvisée, domaine contemporain et autres formes artistiques.
La création en 2008 du groupe Caravaggio avec Benjamin de la Fuente au violon, Eric Echampard à la batterie et Samuel Sighicelli aux claviers, ainsi que l’enregistrement en 2007 du disque solo Hors-champ, aux confins de la musique improvisée et de l’expérimentation électronique, offrent le meilleur aperçu des préoccupations esthétiques actuelles d’un musicien définitivement en mouvement.