Inoculateok

Kasper T. Toeplitz
INOCULATE?

Instabilité entre son et silence, entre stagnation et pression de l'air ; ou encore fantômes digitaux, rémanences de ce qui n'a pas eu lieu - et l'électronique "live" qui sculpte cette matière. Instruments démultipliés à l'excès ou au contraire réduits au souffle le plus ténu, distordus et parasités par eux-mêmes autant que par la grouillante immobilité de la danseuse, corps à entendre. Une lenteur toujours en déséquilibre aux brusques accélérations, un statisme rempli d'électricité, un mur de son.

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Instability between sound and silence, between stagnation and air pressure; or else digital phantoms, remanences of what has not occurred - and the live electronics that sculpt this matter. Instruments increased to excess or, to the contrary, reduced to the flimsiest breath, distorted and exploited by themselves as much as by the teeming immobility of the dancer, body to hear. A slowness always in imbalance with abrupt accelerations, a stasis filled with electricity, a wall of sound.

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Score


Sur INOCULATE?

"L'ennui avec les notes d'intention – toujours écrites bien avant que la composition de la pièce ait débutée – c'est qu'elles ne sont que cela, intentions. Intentions un peu abstraites, situées dans une sorte de réalité virtuelle, loin de ce qui est la musique même, loin du travail avec les musiciens, de la prégnance des sons, de l'accumulation du temps, de la confrontation de ce que l'on est en train de faire avec ce que l'on vit, avec le monde autour.
La rencontre – faite autant en studio, avec instruments, que simplement humaine, discussions autour d'un café – avec le trio Journal Intime a rapidement déplacé la structure ou l'idée de la pièce ; il me paraît important et même essentiel de ne pas tant écrire pour tel ou tel instrument, mais pour telle personne. Et si ce musicien a choisi la trompette alors que tel autre se trimballe un saxophone basse (et vu l'encombrement d'un saxophone basse, "se trimballer" est certainement le terme approprié) ce n'est pas qu'une affaire de hasard, c'est déjà un regard sur le monde, et un placement dans celui-ci. Alors après, non, on n'écrit pas ce que les interprètes savent ou aiment jouer – compositeur, on aime trop affirmer son monde et sa propre vision de celui-ci – mais on essaye de les amener à appréhender, à apprécier, ce que l'on propose : voir sa propre sonorité, fruit d'années de travail, comme éclatée de l'intérieur, dynamitage des particules sonores par le jeu de l'autre, les instruments se fondant en un seul, hybride monstrueux ou chacun parasite l'autre, interconnexion rendue possible grâce au passage par l'ordinateur, n'est certainement pas expérience commune, mais lorsque les musiciens se prêtent au jeu, s'immergent dedans, et cherchent à rendre présente la structure de l'ensemble bien plus que leur rôle à l'intérieur de celle-ci, on sait que l'on est sur la bonne voie, on sait que l'on s'attache à créer de la musique. Et encore plus lorsqu'on entend les musiciens vous dire que ce travail-là est en train d'influencer leurs propres projets, leurs propres pratiques.
L'inclusion de la danse dans cette pièce a été une évidence dés le début. Mais surtout pas comme une partie dansée (que la musique aurait accompagnée?) mais comme un autre instrument ; et la danseuse placée sur le même plan que les autres musiciens, que le trio de vents ou moi-même, avec mes machines digitales, devient musicienne, produisant, via des capteurs de mouvement placés sur elle, soit de la perturbation dans les commandes trop parfaites, trop reproductibles, des transformations électroniques apportées aux sons des instruments, véritable "ghost in the machine", esprit ou fantôme interagissant en permanence avec les commandes, avec la sculpture des sons. Soit, en un autre passage, court solo et moment de calme, produisant, toujours par le mouvement ralenti à l'extrême, son propre bruit audio et le filtrage de celui-ci, comme une mélopée de geste. Tout comme juste avant, le trombone, équipé de capteurs identiques, traduisant le mouvement dans l'espace en un flot continu de données numériques (ce que j'appelle le "data-noise") jouait des sons qu'il parasitait lui-même, dans le même moment. Une même action, les mêmes moyens – qui danse et qui joue? Les deux sans doute. Et la connivence interprète-compositeur jouait également ici, à ceci près que la danseuse-musicienne avait deux partitions à suivre : celle du sonore et celle du geste, la seconde écrite par Myriam Gourfink, avec laquelle l’entente née d'années de travail en commun garantissait le passage insensible du geste au son.
INOCULATE? est le résultat de ces quelques mois de travail, de passages entre l'idée du sonore écrite sur du "papier électronique" et son émergence dans les haut-parleurs, entre le son acoustique des instruments et leur parasitages par les Zéros et Uns de l'ordinateur, c'est aussi les accumulations, toujours en direct, dans le temps de la musique, de multiples copies de ce que chacun fait ou est, jusqu'à créer un mur sonore grouillant de multiples saxophones, trompettes et trombones en un bloc d'apparent statisme – et, comme pour rapporter le tout à l'instabilité du monde ou à notre humanité, le parasitage constant, le bruit des actions." K.T. Toeplitz

 


On INOCULATE?


"The trouble with statements of intent – always written well before the composition of the piece has begun – is that they are only that: intentions. Somewhat abstract intentions, located in a sort of virtual reality far from what is music itself, far from the work with the musicians, from the vividness of sounds, the accumulation of time, the confrontation between what one is doing and what one is living, with the surrounding world.
The encounter – made as much in the studio, with instruments, as simply human, discussions around a cup of coffee – with the Journal Intime trio quickly shifted the structure or the idea of the piece. It feels important, and even essential, to me not to write for such and such instrument but for such and such person. And if this musician has chosen the trumpet whereas someone else drags around a bass saxophone (and given the bulk of a bass saxophone, 'dragging around' is certainly the appropriate term), it is not only a matter of chance, it is already a vision of the the world and our placement in it. So, no, afterwards, one does not write what the performers are familiar with or enjoy playing – a composer likes only too much to assert his world and his own vision of it –, but one tries to lead them to apprehend and appreciate what is being proposed to them: seeing one's own sonority, the fruit of years of work, as if blown-out from the inside, a dynamiting of sound particles by the other's playing, the instruments blended into a single one, a monstrous hybrid in which each one parasitise the other, the interconnection, made possible by the computer, is certainly not a common experience, but when the musicians go along with the game, immerse themselves in it, and seek to make present the structure of the whole even more than their role within it, you know you are on the right track, you know that you are endeavouring to create music. And even more, when you hear the musicians tell you that this work is influencing their own projects and practices.
The inclusion of dance in this piece was obvious from the beginning but, above all, not as a danced part (that the music would have accompanied?) but rather as another instrument. The dancer, placed on the same level as the other musicians, the wind trio or myself with my digital machines, becomes a musician, producing, via motion sensors placed on her, either perturbation in the overly perfect, overly reproducible commands, electronic transformations, brought to the instruments' sounds, a veritable 'ghost in the machine', a spirit or phantom constantly interacting with the commands, with the sculpture of sounds. Or, in another part, a short solo and moment of calm, producing, always through movement slowed down to the extreme, her own audio noise and its filtering, like a recitative or threnody of gesture. Just like right before, the trombone, equipped with identical sensors, translating the movement in space into a continuous flow of digital data (what I call 'data-noise'), played sounds that it parasitised itself at the same time. The same action, the same means – who is dancing and who is playing? Both, no doubt. And here, the performer/composer complicity also came into it, except that the dancer-musician had two scores to follow: one of sound and the other of gesture, the latter written by Myriam Gourfink, and the harmony stemming from years of working together guaranteed the imperceptible transition from gesture to sound.
INOCULATE? is the result of these few months of work, of transitions from the idea of the sound written on 'electronic paper' and its emergence from the loudspeakers, from the acoustic sound of the instruments and their interference by the Zeros and Ones of the computer. It is also the accumulations, always 'live' and in the duration of the music, of multiple copies of what each one does or is, up to the point of creating a sound wall teeming with multiple saxophones, trumpets and trombones in a seemingly static bloc – and, as to relate the whole to the instability of the world or to our humanity, the constant interferences, the noise of the actions
." K.T.Toeplitz
 

 

Kasper T. Toeplitz

Compositeur et musicien ayant développé son travail dans le "no man's land" entre la composition "académique" (orchestre, ensembles, opéra) et la nouvelle musique électronique ou "noise music" - navigation entre le papier réglé et les multiples couleurs du bruit.
Kasper T. Toeplitz développe des compositions basées sur des structures de matières sonores à évolutions lentes, habitées d'un scintillement interne, foncièrement organiques ; architectures électroniques scrutant le temps, l'immobilité ou le fracas.
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Composer and musician having developed his work in the 'no man's land' between 'academic' composition (orchestra, ensembles, opera) and the new electronic music or 'noise music' -  navigation between ruled paper and the multiple colours of noise.
Kasper T. Toeplitz develops compositions based on structures of sound matters evolving slowly, occupied by an internal, organic, sparkling; electronic architectures scrutinising time, immobility or the din.

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Myriam Gourfink

« La démarche de Myriam Gourfink est centrée sur une exigence radicale du corps dansant/mouvant contraint qui se plie avec rigueur à d’autres temps étirés (la lenteur comme résistance), d’autres espaces interagissant (capteurs sensibles et micro mouvements) et d’autres écritures inventées. » Philippe Franck
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"Myriam Gourfink's approach is centred on a radical demand of the constrained dancing/moving body that bends rigorously to other stretched-out times (slowness as resistance), other spaces interacting (sensors and micro-movements) and other invented writings." Philippe Franck
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Deborah Lary

Après une formation en danse classique elle se spécialise en danse contemporaine puis intègre diverses compagnies dont celles de Olivier Bodin, Faizal Zeghoudi, Esther Aumatell, Karine Saporta, Myriam Gourfink, Olivier Dubois ou encore Les gens d’Uterpan.


After being trained in classical dance, she specialised in contemporary dance, joining various companies including those of Olivier Bodin, Faizal Zeghoudi, Esther Aumatell, Karine Saporta, Myriam Gourfink, Olivier Dubois and Les gens d’Uterpan.

 

Trio Journal Intime

Journal Intime pratique la musique d’ensemble et l’improvisation à travers une musique soufflée sans étiquettes, arborant compositions originales et arrangements aventureux. Ils sont compagnons de route de Jacques Higelin, André Minvielle, La Campagnie des musiques à Ouïr, Eric Lareine… Membre du collectif Docteur X Production.
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Trio Journal Intime
Journal Intime practices ensemble music and improvisation through woodwind music not fitting any label, sporting original compositions and adventurous arrangements. They are fellow travellers of Jacques Higelin, André Minvielle, La Campagnie des Musiques à Ouïr, Eric Lareine… Member of the Docteur X Production collective.

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Sylvain Bardiau

Compositeur, improvisateur, il étudie la trompette classique puis le jazz et les musiques improvisées. Il participe notamment à la Little Big Campagnie des Musiques à Ouïr de Denis Charolles, à l’Orchestre National de Jazz dirigé par Daniel Yvinec, aux groupes Les Faux Frères, Cartel Carnage...

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Composer and improviser, he studied classical trumpet then jazz and improvised music. He participates in particular in Denis Charolles' Little Big Campagnie des Musiques à Ouïr, the Orchestre National de Jazz, directed by Daniel Yvinec, and the groups Les Faux Frères, Cartel Carnage...
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Frédéric Gastard

Saxophoniste de formation classique puis de musique improvisée, il se passionne pour les projets mêlant musique écrite et improvisation, intègre de multiples projets divers auprès de Denis Charolles, Marc Ducret ou André Minvielle et compose pour le spectacle vivant.

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A classically trained saxophonist before becoming interested in improvised music, he is fascinated by projects combining written music and improvisation, has been involved in a host of diverse projects with Denis Charolles, Marc Ducret or André Minvielle, and composes for live entertainment.

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Matthias Mahler

Après une formation classique, diverses expériences en musique de chambre et en orchestre symphonique il s'oriente vers les musiques improvisées.
Il joue régulièrement avec Marc Ducret, Denis Charolles, André Minvielle, Emmanuel Bex, Fred Pallem, Rémi Sciuto...

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After classical training, various experiences in chamber and symphonic music, he turned to improvised music. He plays regularly with Marc Ducret, Denis Charolles, André Minvielle, Emmanuel Bex, Fred Pallem, Rémi Sciuto...
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Kasper T. Toeplitz
conception, composition et programmation informatique, live-electronics
Myriam Gourfink, chorégraphie
Deborah Lary, danse & data-noise
Trio Journal Intime
Sylvain Bardiau, trompette
Frédéric Gastard, saxophones basse & soprano
Matthias Mahler, trombone

 

 

 


Direction artistique
Kasper T. Toeplitz

 

La Muse en Circuit, Centre national de création musicale
Ingénieur du son Laurent Codoul
Assisté de : Camille Lezer

 

INOCULATE? est une commande de La Muse en Circuit, Centre national de création musicale.
Enregistrement réalisé à La Muse en Circuit, suite à la création d’ INOCULATE? - Festival Extension, Maison des Arts de Créteil, 14 mai 2011, avec la participation du DICRéAM, Ministère de la Culture et de la Communication, CNC, CNL. Avec le soutien de la SPEDIDAM – société de perception et de distribution des droits des artistes interprètes de la musique et de la danse.

Coproduction : La Muse en Circuit, Centre national de création musicale, Sleaze Art.
Avec le soutien de la Direction régionale des affaires culturelles d'Île-de-France - Ministère de la Culture et de la Communication. © 2011 Distribution : Distrart Musique


MP3 1) Extrait de INOCULATE?

MP3 II) Extrait d'INOCULATE?